Photographier Paris, avant l’Ère Numérique.
Sur l'exposition Objectif Paris 2, au Pavillon des Arts.
L’assassinat de Baltard : ce travail du photographe Jean Claude Gautrand montrant et par là dénonçant la destruction des Halles en aout 1971 tient bien sa place dans l’exposition Objectif Paris 2, au Pavillon des Arts. “Sous une architecture de verre et d'acier, cet espace d'expositions s'inscrit, depuis 1983, dans le complexe culturel implanté au coeur du nouveau quartier des Halles”, peut-on lire sur la page de présentation du lieu.
L’environnement est lugubre. L’entrée de cette salle municipale surplombant la fourmilière du Forum et des rues alentour montre tout l’échec des Halles : un escalier en colimaçon crasseux et rouillé, une odeur nauséadonde d’urine, un clochard qui dort juste devant la porte. On a l’’impression d’avoir affaire à un local technique. Autant dire que personne n’y entrera par hasard.
C’est bien dommage car l’intérieur comme son contenu est d’un autre standing. L’exposition propose un parcours à travers des photographies provenant des collections de 5 institutions municipales : musée Carnavalet, bibliothèque historique de la Ville, musée d’art moderne, Fonds municipal d’art contemporain, Maison Européenne de la Photographie.
Il s’agit en fait de l’original enrichi de l’exposition itinérante Objectif Paris, réalisée en 2003 et destinée à être montrée à l’étranger. Original, car le jeu d’images envoyé depuis deux ans aux quatre coins du monde n’est qu’une copie de ce que l’on nous donne à voir au Pavillon des Arts : une centaine d’images vintage, d’une vingtaine d’auteurs, tous très connus, de tous formats, de toutes techniques, explorant tous les langages du medium, autour d’un seul point commun : photographier Paris, entre 1900 et 2003.
Le projet d’Objectif Paris 2, selon les termes d’Anne Cartier-Bresson, directrice de l’Atelier de Restauration et de Conservation des Photographies de la ville et commissaire de l’exposition, est d’instaurer un dialogue entre photographes à travers le temps. « Il faut se rappeler à quel point l’histoire de Paris, depuis Daguerre, est indissociable de celle de la photographie. Qu’il s’agisse de la ville réelle ou de la mise en scène d’une fiction, photographier Paris à l’aube du 21° siècle relève de la gageure dans la mesure où chaque auteur y est forcément confronté à de grandes images du passé. » Cette idée d’un dialogue se retrouve ainsi dans l’accrochage : sur la même cimaise, on trouve une Vieille cour d’Atget, (circa 1913), cotoyant un format géant de Jean Luc Moulène, Ministère des Phynances, de 1994. Le propos n’est ni de classer les œuvres en fonction d’une typologie, d’écoles ou de styles, ni d’en faire une lecture chronologique, mais bien de tout mélanger, pour signifier que « tout est de nouveau photographiable, y compris ce qui a déjà été mille fois photographié. »
Et même aujourd’hui encore avec les techniques anciennes : on retiendra en particulier ce superbe Quai de Paris, de Martin Bekca (2000), réalisé avec le procédé au palladium et un négatif sur papier ciré, mis au point par Gustave Le Gray en 1851.
Pour le reste, une succession de grands noms, de Brassaï à William Klein, d’Henri Cartier-bresson à Stéphane Couturier, mélanges de styles et d’approches, de cultures et de visions pour célébrer la capitale, du feu d’artifice de l’Exposition Universelle de 1900 par Gabriel Loppé à la Fête du Millénaire vue par Klein. On n’oublie pas la vocation première de cette exposition-vitrine, destinée à contribuer au rayonnement culturel de la ville dans le monde. Cela donne une inévitable sensation d’étalage, malgré un parcours bien ponctué, parfois amusant. Et l’absence criante de public !
Matthieu Nicol
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« Objectif Paris 2, Images de la ville à travers cinq collections photographiques parisiennes »
Du 15 avril au 10 juillet 2005
Pavillon des Arts
Les Halles, Porte Rambuteau, Terrasse Lautréamont
101, rue Rambuteau 75001 Paris.
Ouvert de 11h30 à 18h30, sauf lundi et jours feriés
Catalogue :
« Objectif Paris 2, images de la ville à travers cinq collections photographiques parisiennes »
Ouvrage dirigé par Anne Cartier-Bresson.
Édition Paris-Musées, avril 2005.
48 pages, 50 illustrations noir et blanc et couleur.
15 € prix public.
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